La sécularité

Le concept de « sécularité » ou processus de « sécularisation » est un des paradigmes fondamentaux de la sociologie.

La « Sécularité » désigne un processus historique. Chez les pères de la sociologie (Weber, Mauss, Durkheim, et al.), la sécularisation implique que l’entrée d’une société dans la modernité amène à une diminution substantielle et quantitative de la religion (pratiques et croyances). La sécularité est un concept opératoire qui permet d’expliquer la diminution et la transformation du religieux en Europe, d’interpréter la réalité sociologique moderne et de raconter cette transformation. La sécularisation devient un phénomène ainsi déterministe, c’est-à-dire qu’il se veut explicatif et nécessaire au concept de modernité (Dieckhoff, Portier, 2017).

Le terme « séculier » est repris pour définir un mouvement général amenant à une plus faible, voire à

une disparition « du pouvoir social d’encadrement institutionnel et de formatage culturel » d’un mouvement religieux donné (Willaime 2019).

Cette situation d’affaiblissement quantitatif actuelle, c’est-à-dire la baisse généralisée des pratiques au sein de mouvements religieux institutionnalisés, est une évolution réelle de nos sociétés européennes (et non une réalité mondiale). En contrepartie, cette diminution des pratiques et des références est contrebalancée par une résurgence importante des revendications identitaires et des discours sur le religieux (voire le rapport de l’Observatoire de la laïcité, juillet 2019). Cette évolution paradoxale interroge et bouscule les relations entre institutions publiques et religieuses, entre citoyens.

Dans une optique critique, il est important de noter que l’invention de ce concept de sécularité est parallèle à celui de « religion ». En effet, les termes de religion, sécularité, religiosité, faits religieux, suivent une même logique : le développement d’un objet propre aux société chrétiennes créées par les sciences humaines naissantes. Les tentatives, plus ou moins réussies, de plaquer ce modèle sur les nombreuses sociétés non-chrétiennes et non européennes ont indéniablement contribué à l’émergence de la mondialisation contemporaine.

Afin de donner une assise opérationnelle à ce concept sociologique, Horizon Parrhésia s’appuie sur une approche de la sécularité développée par la cellule « Religion, Politique et conflits » du DFAE. Selon Jean-Nicolas Bitter (entretien 2017),

« La sécularité peut être comprise comme un espace politique commun compatible pour des acteurs et des groupes ayant des identifications religieuses différentes. »

Devant cette définition de la sécularité inclusive, Horizon Parrhésia scrute les espaces politiques des cantons de Genève et Vaud afin que chaque citoyen de ces cantons puisse intégrer ses croyances religieuses et/ou spirituelles ainsi que ses convictions dans la consolidation permanente de la cohésion sociale.

 

Pour approfondir le thème de la sécularisation :

WILLAIME Jean-Paul, La guerre des dieux n’aura pas lieu, itinéraire d’un sociologue des religions, Entretiens avec E.-Martin Meunier, Labor et Fides, Genève, 2019.

WILLAIME Jean-Paul, La sécularisation : une exception européenne ?, Retour sur un concept et sa discussion en sociologie des religions, in Revue Française de Sociologie, 2006/4 Vol.47, pp.755-783, Paris, 2006.

PORTIER P. et DIECKHOFF A. (dir.), Religion et Politique, Science Po Les Presses, Paris, 2017.

BAUBEROT Jean, Sécularisation, laïcité, laïcisation, in EMPAN 2013/2 (n°90), pp.31-38, ERES, Paris 2013.

BORGEAUD Philippe, Aux origines de l’histoire des religions, Points, Paris, 2010.

BAUMANN M. et STOLZ J., La nouvelle Suisse religieuse, risques et chances de sa diversité, Labor et Fides, Genève, 2009.